Philosophie de l'éducation : contours, alentours

Ce site est conçu comme une contribution aux interrogations contemporaines sur la nécessité dynamique d'une réflexivité critique en éducation.

 

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Wim Delvoye

 

Sa raison d’être de ce site est double :

- élaborer un lieu de ressources spécifiques au service des étudiants, des chercheurs, des professionnels et de toute personne concernée ;

- marquer la spécificité et l'importance du domaine, notamment en proposant une discussion sur le fond.

 

Ce site n'est pas un "blog". Il n'a pas non plus statut de revue. Il est conçu comme une recherche, et se présente actuellement comme une proposition à l'étude. C'est un travail de maquette. A ce titre, il n'est en rien définitif  et doit être mis à l'épreuve. Il est "disponible".

 

En pratique, le travail sur cet espace entend :

- contribuer à la visibilité de cette dimension ; comment œuvrer à accréditer son caractère indispensable dans le travail éducationnel, d’autant que les résistances  et les préjugés sont grands en la matière ? 

- présenter une ressource ordonnée et aisément accessible ; cela suppose un travail de logique documentaire approprié, qui n'aura pas de sens si les pouvoirs publics proposent un lieu spécifique ; ce travail serait disponible, n'étaient les précautions qu'il faut prendre aujourd'hui quant aux garanties présentées par le "service public", trop tenté désormais par la surdétermination politique et idéologique.

- ouvrir un espace de travail en ligne sur ce que philosophie de l'éducation (pde) veut dire.

 

Nous aurions en effet, dans les années qui viennent, à nous prononcer sur trois points, mais qui restent en définitive des constantes interrogatives.

- Quelles sont les questions relevant d'une pde ? 

- Qu'est-ce qui fonde une pde ?

- Que peut une pde ?

 

1. L'objet

 

- Le champ : la question de  fond et de long terme visant à définir les « contours » de la philosophie de l'éducation, à interroger sa légitimité, à cerner les " grandes questions", au fil des « grands jalons » francophones depuis plus d’un demi-siècle, mais aussi à travers les postures contemporaines, fait l’objet de ce site. Il porte au principal sur la possibilité d’une philosophie de l’éducation pour aujourd’hui, sur son rapport aux « nouvelles donnes », sur son rôle pour la pratique éducative.

- L'affaire de tous : plus que tout domaine, celui de l'éducation appartient à tous. Il est donc nécessaire de se demander en quoi la réflexion sur ce qu'éducation veut dire  est partagée, ou mérite de l'être. En cela la pde ne concerne pas que le seul territoire scolaire. La question est consubstantielle à celle de notre être au monde. En même temps, il faut des éclairages, des dialogues : on ne s'improvise pas "philosophe de l'éducation". C'est le fruit d'un long travail, de profondes méditations, d'une grande expérience. En cela, l'humilité du partage remet en cause quelques tendances et travers du moment, décidément à haut risque culturel.

 - Les conséquences : elles sont doubles. D'une part, la posture de réflexivité en éducation concerne tout le monde ; d'autre part cela nous amène à reconsidérer ce que l'on entend traditionnellement sous cette appellation. L'enjeu semblerait de taille.

 

Les manifestations

 Ce n’est pas le moindre  paradoxe de la philosophie de l’éducation : elle est à la fois subsidiaire, mineure, alors qu’elle est majeure (historiquement, et politiquement) et devrait être une priorité pour toute formation humaniste en éducation.

Or, elle reste peu prisée des tenants du discours et de la gestion scolaires (sinon comme alibi) et occupe une petite place institutionnelle, notamment en philosophie ou en sciences de l’éducation, où elle est considérée comme spécialité restreinte. Faible présence, donc, et, en même temps, grande diversité interne

Faible présence : à la fois dans le champ éditorial, dans l'activité universitaire[1], et dans le discours scolaire. Hésitation d'enseignement, entre initiation hâtive pour la formation, module spécialisé d'un cursus ou supplément d'âme. Indécision quant à sa définition disciplinaire, ses tâches théoriques, sa fonction sociale. Ce qui devrait être au cœur du texte éducationnel se trouve dès lors relégué à la marge et l'objet de généralités confuses.

Il faut sans doute en cela tenir compte des fortes résistances à la réflexivité critique en ce domaine, notamment dans les milieux sensés eux-mêmes porter la réflexion ; et, classiquement, dans les milieux d'exercice du pouvoir politique, idéologique, dogmatique. 

Diversité : plurielle, elle recouvre des acceptions variées, des niveaux et des modes d’intervention fort différents, et représente différentes familles d’esprit. A ce titre, elle constitue sans doute un garant de pluralisme, mais comporte aussi en elle-même un risque de relativisme et de dispersion. Il n'y a en domaine ni communauté d'action homogène ni fer de lance.

Entre conceptions personnelles d'auteurs, histoire des idées et panoramas de doctrines, psychologie, droit, théories de l'apprendre, thématiques d'enseignement, épistémologie, savoir, éthique, questions fondamentales et questions vives, culture et démocratie, etc. Cette diversité est souvent liée à des postures individuelles, aux chapelles et peut à la fois manifester une grande richesse et entretenir la confusion : elle recoupe souvent l'ambition de la philosophie de disserter sur tout, celle des "sciences de l'éducation" à traiter de tout (non sans invoquer quelque "interdisciplinarité" de principe),  et n'est pas à l'abri non plus, comme le voit sous son intitulé, des réductions ou des caricatures qui ruinent toute philosophie.

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Il sera bon en effet de remonter à la source. De quelle "philosophie "s'agit-il ? Sous ce terme se trouvent aujourd'hui tous les genres, toutes les postures : travail de pensée, recherche métaphysique, études phénoménologiques, questionnements ; discipline universitaire, matière scolaire, activité scolaire ; mais aussi idéologie, opinion, mondanités, prophétismes… Protée philosophe ? C'est ainsi que nous sommes joués.

 De son côté, le terme d'éducation,  s'il n'est pas précisé, autorise les plus vastes labyrinthes savants, suscite les plus grands délires mythiques et flatte les gourmandises idéologiques. Posé dans son ensemble et a priori, il ne peut qu'ouvrir à de trop vastes territoires. Il doit surtout être dépouillé de sa principale réduction à "éducation scolaire" : il subit là, comme récemment la pédagogie, un détournement à des fins historiquement et politiquement marquées.

 

La "pensée de l'éducation" en tant que telle pose ainsi un problème de clarification, d'autant que "l'histoire immédiate" intronise des "penseurs de l'éducation", dont la procession peut parfois sembler hétéroclite. Pour aller plus loin, il serait roboratif de méditer à frais nouveaux sur les "conditions d'une pensée de l'éducation". Celle-ci souffre de deux déficits majeurs :

 - la carence en termes de pensée de l'expérience ; cela n'est pas simple, en effet, et n'est pas une mince affaire, tant on voit la force de "l'in-su" en la matière, au profit de l'idéologie de la pédagogie et de la pratique politique ;

- l'insuffisance de la référence anthropologique ; celle-ci se manifeste dans de nombreux segments de réversion idéologique sur la recherche et l'action publiques : la suffisance manifestée par les tenants de l'ordre "néo-scientiste". Cela n'est pas simple, en effet, et n'est pas une mince affaire : faute de mettre en œuvre des catégories renouvelées, les mêmes erreurs de pensée se perpétuent à l'envi. 

 

Nous ne disposons pas de synthèse des définitions proposées par les auteurs actuels. Il s'agirait d'abord de rassembler les travaux existants en ce sens et d'en analyser les grandes lignes. Celle-ci serait dans un premier temps utile au double titre d'une situation heuristique dans l'histoire contemporaine, et d'un tableau analytique des grandes tendances.

Comment dès lors éviter le piège polysémique de l'expression "philosophie de l'éducation" ? Sans doute en se prévenant du double danger d'holistique et de réduction. Pour autant, nous ne serions pas quittes : un deuxième temps est nécessaire pour viser l'essentiel du possible. C'est là proposer un projet opposé aux tendances entropiques, et viser une culture de l'action éclairée.  

 

 

 

(A suivre : les niveaux).



[1] Un mot sur les classifications universitaires. Le débat s'est longtemps fixé sur une définition disciplinaire. La philosophie de l'éducation relevait-il davantage de la philosophie (17è section CNU) ou des "sciences de l'éducation" (70è section). Quels étaient ses rapports, via ce rassemblement institutionnel, avec les disciplines traditionnelles des sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, psychologie, droit, sciences politiques, du langage, de l'information et de la communication, etc.)?