Qu'est-ce que la philosophie de l'éducation

 

15 janvier 2021

                                                                          Neige sur les jardins

 

La place et la fonction d'une « philosophie de l’éducation » (désormais « Pde ») dans l'espace de l’éducation instituée (formelle), semblent bien réduites : qu'il s'agisse de formation initiale des enseignants, de formation continue, d’éducation populaire, de pratiques raisonnées, tout se passe comme si cette dimension indispensable de la réflexivité s'était réfugiée dans des zones particulières, sans accrochage consubstantiel à l'action éducationnelle.

Il y a bien des ouvrages conséquents, des officines universitaires dédiées, des cours académiques, des recherches esquissées.

Cependant, l’articulation de l' « exigence de conscience » à la vérité pratique des terrains, tous genres confondus, n'est pas organiquement à l'ordre du jour. Trop préoccupé de contingences.

Tout au plus, de lointains mots d'ordre magistères, mais, le plus souvent, des considérations de l'ordre de la « démarche de pensée », ou des attachements à des questions anthropologiques sur l'enfance, les valeurs, la connaissance, à des remarques sur l'esprit critique, ou encore le départ entre instruction et pédagogie.

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D'un côté, donc, des acceptions et des attributions diverses. D'autant plus paradoxales que le statut réel de la pde paraît réduit. De l'autre, quelque mythe évanescent.

D'une définition trop large ou multiforme, le spécialiste aura beau jeu de tirer matière interminable à discussions. C'est pourquoi il conviendrait de rechercher un consensus sur ce qui serait raisonnable de retenir.

On connaît la difficulté. Institution d'une discipline universitaire – rattachée à la philosophie (17è section)? ou aux sciences de l’éducation (70è) ? Objets du questionnement spécifiques, ou relevant des «sciences humaines ? Interrogations relatives à la pratique éducationnelle (notamment l’institution scolaire, ou encore la pédagogie)?

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Pourtant, la pde nous engage à un débat fondamental, relatif aux nécessités, et non à un débat de circonstance, commentaire des aléas. Ce débat est nécessaire, comme examen commun de ce qui nous fait agir. La pde est en quelque sorte primordiale.

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Le « changement de paradigme » dans lequel nous sommes impliqués a modifié considérablement notre mode de pensée ; or, cette mutation en cours - désormais "constante" - aiguillonne la nécessité de réponses éducatives à des enjeux inédits, somme toute difficiles : nous étions rompus à des exercices stables, en raison de normes éducatives fondées. La situation nécessiterait un effort d'interprétation à la hauteur des « nouvelles donnes », et obligerait à penser une « pédagogie muable », hors carcans.

C'était là un attendu principal pour l'introduction officielle de la pédagogie des médias voilà quatre décennies ; depuis, on sait le développement des nouvelles donnes : déchaînement des territoires de l'internet, expansion des espaces d'expression et de communication, distributions massives des objets hybrides...

Plus encore : la préoccupation de notre appartenance au monde. C'est qu'il s'agit de passer d'une ère où l'éducation apprivoise notre possession du monde, à une conception mésologique de notre réalité consubstantielle .

Ce qui ne peut s’appréhender qu'en termes de suivi, d' « accompagnement », de soin adapté aux circonstances : c'est à dire, en raison d'une philosophie des situations.

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A l'opposé donc des circonvolutions d'une « pde » éclatée, disséminée, éparpillée, nous faisons le pari d'un attitude réflexive nécessaire, et, finalement, très simple. Avec, pour seule prétention, la circonspection, les préalables et l'accompagnement.